Bail de location entre particuliers : mode d'emploi

Un bail de location entre particuliers obéit exactement aux mêmes règles qu’un bail signé en agence. Depuis 2015, son contenu suit un contrat type réglementaire, et plusieurs documents doivent y être annexés. L’absence d’intermédiaire ne réduit aucune obligation : elle transfère simplement au bailleur la charge de les respecter.
Cette charge se sous-estime facilement. Un propriétaire qui loue son premier appartement découvre souvent après coup qu’un diagnostic manquait, qu’une clause du modèle téléchargé était réputée non écrite, ou que la révision du loyer qu’il croyait automatique ne l’était pas faute de clause. Le locataire, de son côté, ne dispose d’aucun tiers pour repérer une anomalie avant signature. Ce guide décrit le contenu exigé, les annexes, les durées, et les points où la location directe déraille le plus souvent.
Ce que l’absence d’agence déplace réellement
Trois fonctions changent de mains lorsque aucun professionnel n’intervient : la rédaction juridique du contrat, la commande des diagnostics et la vérification du dossier du candidat. Aucune ne disparaît, et aucune ne devient facultative parce que les deux parties se sont entendues à l’amiable.
La location directe présente pourtant des avantages tangibles pour les deux camps. Le locataire échappe aux honoraires de mise en location, plafonnés mais réels. Le bailleur choisit lui-même son occupant, discute directement des dates et évite une commission de gestion. Sur le marché de l’agglomération, où les petites surfaces se louent en quelques jours, ce contact direct raccourcit aussi les délais.
Le revers tient en une phrase : la responsabilité du bailleur reste entière. Un bail incomplet, un diagnostic périmé ou une clause abusive se retournent contre lui, et le fait d’avoir agi de bonne foi sans conseil ne constitue pas une excuse. Un locataire lésé dispose de recours devant la commission départementale de conciliation, gratuite, puis devant le juge des contentieux de la protection.
Le contrat type de 2015 : un cadre imposé, pas un modèle libre

Le décret n° 2015-587 du 29 mai 2015 définit un contrat type de location applicable aux logements vides et meublés constituant la résidence principale du locataire. Ce texte ne suggère pas une trame : il fixe le contenu. Un bail rédigé librement reste juridiquement valable, mais toute mention obligatoire absente peut être réclamée ensuite par le locataire, et toute clause interdite est réputée non écrite.
Les mentions qui identifient les parties et le bien
L’article 3 de la loi du 6 juillet 1989 impose d’indiquer le nom ou la dénomination du bailleur, son domicile ou son siège social, et le cas échéant ceux de son mandataire. Le contrat précise également :
- la date de prise d’effet et la durée du bail ;
- la consistance du logement, sa destination et sa surface habitable ;
- l’énumération des parties, équipements et accès à usage privatif ;
- la mention des parties communes et des équipements d’usage collectif ;
- la nature des travaux réalisés depuis la fin du dernier contrat, le cas échéant.
Les informations financières à ne pas omettre
Le montant du loyer, ses modalités de paiement et les règles de révision figurent obligatoirement au contrat. S’y ajoutent le montant du dépôt de garantie, le régime des charges et, dans les communes concernées, les mentions liées à l’encadrement des loyers ainsi que le loyer du précédent locataire. Une révision annuelle n’a lieu que si une clause de révision l’a expressément prévue : sans elle, le loyer reste figé pour toute la durée du bail.
La notice d’information
Une notice explicitant les droits et obligations des locataires et des bailleurs est annexée au contrat. Elle n’est pas décorative : son absence prive le locataire d’une information réglementée et alimente les contentieux ultérieurs sur la connaissance des règles applicables.
Quatre formules de bail, quatre durées
Le choix du type de contrat détermine la durée de l’engagement et les conditions de sortie. Se tromper de formule expose à requalification.
- Bail vide : trois ans minimum lorsque le bailleur est une personne physique, six ans lorsqu’il s’agit d’une personne morale. Le contrat se reconduit tacitement.
- Bail meublé : un an, renouvelable tacitement, avec un logement équipé de l’ensemble du mobilier fixé par décret.
- Bail étudiant meublé : neuf mois non reconductibles, calés sur l’année universitaire, réservé à un locataire justifiant de son statut.
- Bail mobilité : de un à dix mois, non renouvelable, créé par la loi ELAN du 23 novembre 2018 et réservé à sept profils précis, notamment les stagiaires, apprentis, personnes en formation professionnelle ou en mutation.
Le bail mobilité présente deux particularités qui expliquent son succès auprès des jeunes actifs : aucun dépôt de garantie ne peut être exigé, et le locataire résilie à tout moment avec un mois de préavis. Sa durée peut être modifiée une fois par avenant, sans que le total dépasse dix mois.
Côté préavis, la règle générale distingue le vide du meublé. Un locataire de logement vide doit trois mois, ramenés à un mois en zone tendue ou dans plusieurs situations personnelles prévues par la loi. Un locataire de meublé bénéficie d’un mois partout. L’agglomération de Cergy-Pontoise appartenant à la zone d’urbanisation continue de l’agglomération parisienne, la question du délai réduit s’y pose systématiquement.
Les annexes du bail, principal foyer de litiges

Le dossier de diagnostic technique se joint au contrat au moment de la signature, pas après. Il rassemble, selon les caractéristiques du logement :
- le diagnostic de performance énergétique, valable dix ans ;
- l’état des risques, dont la validité est courte et qui doit être actualisé avant la signature ;
- le constat de risque d’exposition au plomb pour les immeubles construits avant le 1er janvier 1949 ;
- l’état de l’installation intérieure de gaz et celui de l’électricité lorsque ces installations ont plus de quinze ans, valables six ans en location ;
- le diagnostic amiante, selon la date du permis de construire ;
- l’information sur le plan d’exposition au bruit lorsque le logement se situe dans une zone d’aérodrome concernée.
Trois autres documents complètent l’ensemble. L’état des lieux d’entrée, établi contradictoirement, conditionne l’issue de toute discussion sur les réparations à la sortie. Les extraits du règlement de copropriété relatifs à la destination de l’immeuble, à la jouissance et à l’usage des parties communes et privatives sont transmis lorsque le bien s’y trouve soumis. Une attestation d’assurance contre les risques locatifs est enfin remise par le locataire, puis chaque année à la demande du bailleur.
Un bailleur particulier commande ces diagnostics auprès d’un diagnostiqueur certifié. Regrouper l’ensemble en une seule intervention réduit nettement le coût unitaire, et les rapports servent plusieurs années pour les documents à longue validité.
Décence et performance énergétique : deux filtres éliminatoires
Avant même la question du contrat vient celle du droit de louer. Le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 fixe les caractéristiques du logement décent. Sur le plan des volumes, le logement doit comporter au moins une pièce principale offrant soit une surface habitable d’au moins 9 mètres carrés avec une hauteur sous plafond d’au moins 2,20 mètres, soit un volume habitable d’au moins 20 mètres cubes. Les parties d’une hauteur inférieure à 1,80 mètre n’entrent pas dans ce calcul.
Le second filtre est énergétique et se durcit par paliers. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G au diagnostic de performance énergétique n’est plus décent et ne peut plus être remis en location. La classe F basculera au 1er janvier 2028, la classe E au 1er janvier 2034. Un locataire déjà installé reste protégé, mais le bail ne pourra pas être renouvelé en l’état.
Une conséquence financière s’ajoute depuis le 24 août 2022, date d’entrée en vigueur du dispositif issu de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 : le loyer d’un logement classé F ou G ne peut plus augmenter, ni par révision annuelle, ni entre deux locataires, ni par complément de loyer. Le gel se lève seulement après des travaux amenant le bien au moins en classe E, attestés par un nouveau diagnostic.
Pour un propriétaire du Val-d’Oise possédant un appartement des années 1960 ou 1970 mal isolé, cette mécanique change l’arbitrage : conserver le bien en location suppose souvent un chantier d’isolation ou un changement de mode de chauffage, dont le calendrier se planifie plusieurs mois à l’avance.
Loyer, dépôt de garantie et révision

Le dépôt de garantie ne peut dépasser un mois de loyer hors charges pour un logement vide, deux mois pour un meublé, et aucun dépôt n’est admis dans le cadre d’un bail mobilité. Aucune somme, quelle qu’en soit l’appellation, ne peut être réclamée avant la signature du contrat : un chèque de réservation demandé à la visite sort du cadre légal et signale presque toujours une pratique douteuse.
La révision annuelle s’appuie sur l’indice de référence des loyers publié chaque trimestre par l’INSEE. Elle suppose une clause dédiée dans le bail, s’applique à la date qui y est prévue, et se calcule à partir de l’indice du trimestre de référence indiqué au contrat. Un bailleur qui oublie de réviser une année ne perd pas son droit pour l’avenir, mais ne peut pas rattraper rétroactivement au-delà du délai prévu par la loi.
Le régime des charges se choisit également au contrat. En location vide, la provision mensuelle avec régularisation annuelle sur justificatifs constitue la règle. Le forfait de charges, non régularisable, reste réservé au meublé et à la colocation, et doit être fixé à un niveau cohérent avec les dépenses réelles.
Sur le plan fiscal, un bailleur qui loue un logement vide et perçoit moins de 15 000 euros de revenus fonciers bruts par an relève de plein droit du micro-foncier, avec un abattement forfaitaire de 30 % couvrant l’ensemble des charges. La location meublée dépend d’un autre régime, celui des bénéfices industriels et commerciaux, dont les seuils ont évolué récemment : leur montant exact se vérifie auprès de l’administration fiscale avant tout choix d’imposition.
Reconnaître une fausse annonce

Les locations sans intermédiaire attirent une fraude spécifique, qui vise le locataire pressé. Le scénario type reste stable : un logement à un loyer inférieur au marché, un propriétaire prétendument à l’étranger, une visite impossible, et une demande de virement pour « bloquer » le bien.
Quelques vérifications éliminent l’essentiel du risque :
- refuser tout versement avant une visite physique et la signature du bail ;
- demander une pièce d’identité du bailleur et un justificatif de propriété, taxe foncière ou acte notarié ;
- vérifier que l’adresse annoncée correspond bien au bien visité ;
- se méfier d’un interlocuteur qui refuse le téléphone et n’échange que par messagerie ;
- comparer le loyer demandé aux niveaux réellement pratiqués dans la commune.
Un candidat sollicité pour transmettre des documents non autorisés doit également s’interroger. La liste des pièces exigibles est limitative, et une demande de relevé bancaire ou d’autorisation de prélèvement dépasse ce cadre, que le bailleur soit un particulier ou une agence.
Après la signature
Le bail s’établit en autant d’exemplaires que de parties, chacune conservant le sien avec ses annexes. La signature électronique est admise dès lors que le procédé garantit l’identité du signataire et l’intégrité du document.
Le bailleur délivre ensuite une quittance de loyer à chaque demande du locataire, gratuitement, dès lors que le paiement a été intégralement effectué. Ce document sert au locataire pour ses démarches ultérieures, notamment auprès d’un futur bailleur ou d’un organisme social. Un simple reçu suffit en cas de paiement partiel.
Prochaine étape pour un bailleur : commander les diagnostics et récupérer le contrat type avant de publier l’annonce, plutôt que dans l’urgence de la signature. Pour un candidat locataire, préparer les pièces recevables décrites dans notre guide sur le dossier de location et ses garanties et confronter le loyer demandé aux repères de loyers de l’agglomération suffit à écarter les annonces hors marché. Ceux qui préfèrent déléguer la gestion trouveront les critères de sélection d’un professionnel dans notre analyse sur les agences immobilières de Pontoise et dans nos repères pour choisir une agence à Cergy. Pour un litige déjà engagé, l’agence départementale d’information sur le logement renseigne gratuitement les deux parties.